Facturer sans se tromper sur la TVA reste une question récurrente chez les auto-entrepreneurs. La plupart démarrent leur activité en franchise en base de TVA, ce qui signifie qu’ils ne facturent pas cette taxe à leurs clients. Mais cette situation dépend de seuils de chiffre d’affaires précis, et tout dépassement change radicalement la façon de rédiger une facture.
Concrètement, tant que vous restez sous les plafonds fixés par l’administration, vous n’avez rien à collecter ni à reverser au titre de la TVA. Votre facture doit simplement porter la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». C’est la règle de base à retenir avant d’entrer dans les détails.
La franchise en base de TVA : le régime par défaut de l’auto-entrepreneur
Dès la création de votre activité, vous êtes placé automatiquement sous le régime de la franchise TVA. Ce mécanisme d’exonération de TVA vous dispense de facturer cette taxe à vos clients, mais il vous empêche aussi de récupérer la TVA déductible sur vos achats professionnels. C’est un choix implicite qui convient bien aux petites structures avec peu de charges.
Ce régime présente un avantage commercial réel : vos prix affichés sont souvent plus attractifs face à des concurrents assujettis, puisque vous ne rajoutez pas de TVA au montant final. En revanche, si vos achats professionnels sont conséquents (matériel, matières premières), l’impossibilité de déduire la TVA payée peut peser sur votre rentabilité.
Les seuils de chiffre d’affaires et les conséquences de leur dépassement
La franchise TVA s’applique tant que votre chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas certains plafonds, différents selon la nature de votre activité. Pour les activités de vente de marchandises, de restauration ou d’hébergement, le seuil de référence tourne autour de 91 900 euros, avec un seuil de tolérance majoré. Pour les prestations de services et les professions libérales, le seuil de base se situe aux alentours de 36 800 euros, avec également un seuil majoré au-delà duquel la franchise cesse immédiatement.
Le dépassement de seuil ne produit pas les mêmes effets selon son ampleur. Si vous franchissez le seuil de base sans dépasser le seuil majoré, vous conservez la franchise l’année du dépassement et ne devenez redevable qu’à partir du 1er janvier de l’année suivante. En revanche, si vous dépassez directement le seuil majoré en cours d’année, vous devenez assujetti à la TVA dès le premier jour du mois de dépassement, sans période de tolérance.
Le réflexe à adopter dès l’approche du seuil
Surveillez votre chiffre d’affaires cumulé chaque mois. Un dépassement du seuil majoré vous oblige à facturer la TVA dès le mois concerné, y compris sur les factures déjà en cours d’émission. Mieux vaut anticiper que régulariser après coup.
Facturer sans TVA : mentions obligatoires sur la facture

Tant que vous relevez de la franchise en base de TVA, votre facture doit impérativement comporter la mention légale « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Sans cette phrase, votre facture est considérée comme incomplète au regard des obligations fiscales qui encadrent la facturation électronique pour auto-entrepreneurs sans TVA.
Au-delà de cette mention spécifique, une facture classique doit indiquer votre identité complète, votre numéro SIRET, l’identité du client, la date d’émission, le détail des prestations ou biens vendus, ainsi que le montant total à payer. Aucune ligne de TVA collectée ne doit apparaître puisque vous n’êtes pas habilité à la percevoir.
Devenir assujetti à la TVA : ce qui change pour votre facturation
Lorsque vous dépassez les seuils applicables, vous devenez assujetti à la TVA et votre façon de facturer change en profondeur. Vous devez désormais calculer un montant HT, ajouter la TVA collectée au taux correspondant, puis afficher un montant TTC final. Cette bascule implique aussi de demander un numéro de TVA intracommunautaire auprès du service des impôts des entreprises, indispensable pour vos échanges avec des clients ou fournisseurs situés dans l’Union européenne.
Les mentions obligatoires sur une facture avec TVA
Une facture avec TVA doit comporter, en plus des informations classiques, le montant HT de chaque ligne, le taux de TVA appliqué, le montant de TVA correspondant, le montant TTC total, ainsi que votre numéro de TVA intracommunautaire. Ces mentions obligatoires facture ne sont pas facultatives : leur absence expose à des sanctions en cas de contrôle.
Taux de TVA applicables et régimes disponibles
Le taux de TVA standard en France est de 20 %, mais des taux réduits s’appliquent selon les secteurs : 10 % pour certaines prestations de restauration ou de travaux, 5,5 % pour les biens et services de première nécessité, et 2,1 % pour des cas très spécifiques. Une fois assujetti, vous choisissez ou vous voyez attribuer un régime réel simplifié ou un régime réel normal, selon votre chiffre d’affaires. Le régime réel simplifié allège la fréquence des déclarations, tandis que le régime réel normal impose une déclaration mensuelle plus détaillée.
| Situation | TVA sur facture | Mention obligatoire |
|---|---|---|
| Sous les seuils (franchise) | Aucune | TVA non applicable, art. 293 B du CGI |
| Dépassement seuil majoré | Oui, dès le mois du dépassement | HT, taux, TVA, TTC, n° TVA intracommunautaire |
Obligations déclaratives et conseils pour gérer la TVA

Une fois assujetti, vous devez déposer une déclaration de TVA périodique, appelée CA3, sur laquelle vous reportez la TVA collectée auprès de vos clients et la TVA déductible sur vos propres achats professionnels. La différence entre ces deux montants détermine ce que vous devez reverser au Trésor public, ou dans certains cas ce qu’il vous doit en remboursement.
Gérer la TVA demande une rigueur comptable un peu plus poussée qu’en franchise : il faut conserver toutes les factures fournisseurs, calculer précisément les montants à chaque échéance, et respecter les délais de dépôt de la CA3. Certains auto-entrepreneurs choisissent d’opter volontairement pour l’assujettissement avant même d’atteindre les seuils, notamment lorsqu’ils travaillent surtout avec des clients professionnels capables de récupérer la TVA facturée (un choix à peser en fonction du choix entre entrepreneur individuel et auto-entrepreneur). Dans ce cas, l’avantage franchise TVA disparaît, mais la possibilité de déduire ses propres achats peut compenser largement cette contrainte administrative.